Lumière dans la brume

Publié le par Murielle Morier

Lumière dans la brume

Lune d’elles de Amélie Blanche

Chronique de juin du Prix des Auteurs Inconnus (PAI) 2023 dans la catégorie littérature « Blanche ».
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je précise avoir d’emblée été séduite par cette ravissante couverture et le jeu de mots du titre.

Le décor est planté. Ce début d’histoire se passe de nos jours dans une ambiance de roman feel good, quand Aylsa, une journaliste parisienne, se retrouve parachutée dans de verdoyants Highlands écossais pour rédiger un article sur certains lieux hantés. Quand on connaît la réputation de ces contrées, tout porte à croire que la donzelle se trouve au bon endroit… et, on craint, dans le même temps, voir se dérouler un récit un tantinet cliché. Aussitôt après avoir posé ses valises, celle-ci trouvera même un guide hors pair en la personne d’un charmant autochtone, le dénommé Alistair. Mais il s’agit là d’un trompe-l’œil puisqu’en effet, peu après la découverte d’un énigmatique portrait, notre héroïne apprend ce qu’il s’est passé cinq cents ans plus tôt dans le duché de Bretagne. Ici, un cruel seigneur marquera à tout jamais le destin de plusieurs femmes, au-delà de l’espace et du temps, car un lien profond rattache la jeune femme d’aujourd’hui à ce lointain passé. L’atmosphère est donc bien là et le dépaysement garanti avec ces descriptions de lochs majestueux enserrés dans un écrin d’un vert irréel ; on entendrait presque souffler le glacial vent d’hiver tandis que s’élèvent à l’horizon les premières brumes du matin.
On aimera ensuite s’évader dans la forêt de Brocéliande pour se passionner par la destinée de ces femmes. Ainsi à une époque dominée par l’obscurantisme, suit-on les pas d’Olwenn, une guérisseuse de talent qui vit en harmonie avec la nature dans le respect des esprits qui peuplent les bois. Soucieuse de transmettre son savoir-faire à sa descendance, en l’occurrence sa petite-fille Bleuenn, elle connaît le pouvoir des plantes, leurs multiples vertus même si certaines sont rebelles et sauvages, voire dangereuses et qu’il convient de les apprivoiser pour en déjouer les pièges. Sa science est puissante malgré l’intolérance et l’ignorance de certains hommes. Autre aspect intéressant, Olwenn est aussi accoucheuse et le parallèle entre le sang fécond des femmes et l’instinct destructeur et meurtrier du potentat local qui, lui, fait couler le sang par malignité ne manque pas d’interpeller. Il est d’ailleurs beaucoup question de contrastes dans ce texte, d’ombre et de lumière.
En terre de légendes, on tient d’ailleurs pour acquis que bons et mauvais esprits se côtoient. De même, un mystérieux pendentif où s’entrelacent le soleil et la lune – la porte entre deux mondes – sert de fil rouge à l’intrigue. Et renvoie Aylsa à sa douleur présente et aux comptes qu’elle doit solder.
Au fil d’une prose élégante empreinte d’une profonde poésie, on comprend qu’un héritage familial n’est pas toujours facile à assumer, quand des événements et autres traumas rejaillissent sur toute une lignée. C’est là que le retour aux sources s’avère salvateur. Une très belle découverte.

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