Une fugue bien à l’Ouest

Publié le par Murielle Morier

Une fugue bien à l’Ouest

Ancrier de Delphine Muse

⚓Atmosphère :

À tout juste vingt-six ans, la romancière à succès Emma Bouvier apparaît comme une jeune personne à l’aise dans son époque. En prise avec l’air du temps, celle qui s’est illustrée en écrivant des histoires d’horreur a conquis de nombreux lecteurs et, hormis une poignée de grincheux, moult followers l’adulent sur les réseaux sociaux. Donc jusqu’ici tout roule pour la demoiselle. Seulement voilà, soudain l’inspiration se fait la valise. Ce qui la pousse à faire la sienne. En plein mois d’août, notre héroïne va ainsi quitter Lyon sans préavis pour se rendre à mille kilomètres de là ; un luxe qu’elle peut s’offrir grâce à l’avance que lui a consentie son éditeur sur le roman qui lui reste à écrire. La générosité éditoriale ayant ses limites, Emma a plutôt intérêt à raviver vite fait son feu créatif pour ne pas en être de sa poche. Le syndrome de la page blanche peut certes s’emparer des meilleurs mais celle-ci doit se ressaisir. 
Le temps d’un break, à l’insu de tous, la fugueuse élit domicile en Bretagne à L’Hôpital-Camfrout, localité du Finistère au nom un tantinet angoissant, surtout pour quelqu’un facilement sujet à la paranoïa. En effet ces derniers temps, une phrase lancinante ne cesse de parasiter l’esprit d’Emma : « Il ne s’est pas suicidé et TU le sais. » Bon, tout ceci n’aurait rien de franchement suspect dans l’imagination fertile d’un écrivain puisque pour bâtir des scénarios béton, certains savent écouter leurs voix intérieures. Et sur ce chapitre, la jeune femme est plutôt réceptive. En tout cas d’habitude.
Au fur et à mesure que les pièces d’un savant puzzle se mettent en place, on se posera mille questions aux côtés d’Emma : faut-il voir dans les mots qui lui martèlent la boîte crânienne l’amorce d’une intrigue romanesque ? Si c’est le cas, pourquoi sèche-t-elle alors misérablement comme un cancre sur une équation diabolique ? D’autant que, pendant son séjour, de nouvelles interrogations ne manqueront pas de poindre.

⚓Mon avis :

Le titre annonce la couleur. Ce n’est pas dans un encrier ordinaire que Delphine Muse a trempé sa plume mais dans un « ancrier ». Détail capital. À une lettre près. Il faudra se creuser les méninges pour comprendre à quel sortilège ce mot a succombé pour se métamorphoser ainsi. Du reste, dans ce Finistère où la terre finit, le mystère, lui, va prendre racine. En plein cœur de l’été, la carte postale se teintera de nuances de plus en plus sombres. Aux abords de la maison de vacances, au lieu de la douceur d’une bande de sable fin, Emma trouvera une petite plage parsemée de brisures de coquillages qui mettra la plante de ses pieds sensibles à rude épreuve. Éloquente métaphore pour situation délicate.

Dans quelle mesure Mickaël et sa jeune sœur Danielle, les enfants des propriétaires de l’endroit où Emma compte rester un mois, s’insinueront-ils dans sa quête ? Quelles synchronicités lient la nouvelle venue à ces lieux ?
Des murs de la demeure de famille suinte un charme inquiétant comme autant de rémanences surgies d’un autre espace-temps. Avec un sens aigu du détail et du suspense, l’auteure décrit ces heures qui s’étirent langoureusement dans l’insouciance du moment pendant que les jours se font plus courts. On se demandera jusqu’au dénouement si Emma réussira à faire son allié du chaos.

 

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